A la découverte de Claire

... et de ses soeurs

Etre épouse du Christ
"Je suis à mon bien-aimé et mon bien aimé est à moi"...
Cantiques des Cantiques 2, 16
enluminure illustrant le Cantique des cantiques, représentant le Christ et son épouse l'Eglise
 

Quand Claire choisit à 18 ans le célibat et la chasteté, elle choisit de soustraire son corps à la mainmise d'un conjoint. Elle choisit de ne pas appartenir à un homme. Elle opte - et cela peut sembler paradoxal dans notre monde actuel - pour la liberté. D'autant, qu'à l'époque, les femmes n'avaient pas leur mot à dire.

Elle préféra ne pas se plier à l'institution du mariage, institution codifiée, réglementée, surtout dans la noblesse où la place de la famille engendrait de nombreuses contraintes.

Il suffit de penser à la réaction de sa parenté, lorsque sa petite soeur Catherine, décida de la rejoindre.
En effet, son oncle Monaldo, chef de famille, n'hésita pas à user de la force physique, en débarquant avec une douzaine de chevaliers dans le monastère de bénédictines où Claire et sa soeur étaient réfugiées, pour tenter de ramener Catherine au foyer, à coups de poings et de pieds... La force d'âme et la résistance de Catherine poussa François à lui donner ensuite le nom d'Agnès, en hommage à la jeune vierge & martyre. (cf Vie de Claire 16, 24)
Arrivée de Sainte Agnès d'Assise au Couvent (c. 1697), par António de Oliveira Bernardes. tableau dans l'église de Sainte Claire, à Évora, Portugal.
Catherine au centre, est attrappée sans ménagement par des hommes en armes, pendant que sa soeur Claire prie à gauche.
Pour autant, Claire n'a pas renoncé au sentiment amoureux. Ses lettres à Agnès de Prague en témoignent :
"vous avez choisi un époux de race plus noble encore : notre Seigneur Jésus-Christ, qui gardera pure et intacte votre virginité. En l'aimant, vous resterez chaste ; ses caresses vous rendent plus pure encore ; sa possession consacre votre virginité. Sa puissance surpasse toute autre, son lignage est le plus doux qui soit, sa grâce la plus parfaite.Vous êtes désormais vouée à son étreinte, lui qui a orné votre poitrine de pierres précieuses, et suspendu à vos oreilles des diamants inestimables" (1LAg 6-10)
" Heureuse celle à qui est accordée cette intimité du banquet divin ! Heureuse si elle aime de tout son cœur Celui dont la beauté fait l'admiration des anges pour l'éternité, Celui dont l'amour rend plus heureux et la contemplation plus fort, Celui qui nous comble de sa bonté, qui nous imprègne de sa douceur, et dont le souvenir est si lumineux et si doux à notre âme, [...] Puisses-tu, reine du Roi du ciel, être chaque jour davantage embrasée de la ferveur de cet amour ! Contemple encore l'indicible bonheur, les richesses et les honneurs sans fin qu'il procure, et tu lui crieras, de toute l'ardeur de ton désir et de ton amour : "Prends-moi avec toi, mon époux céleste, je te poursuis sur la trace de tes parfums. Je ne m'arrêterai de courir qu'une fois introduite au cellier, lorsque ton bras gauche soutiendra ma tête, que ta droite m'étreindra et que tu me donneras de ta bouche le délicieux baiser ". (4LAg 27-32)
Cette description de la relation qu'Agnès est appelée à vivre avec son Dieu, fournit des indices probants sur la propre relation que Claire entretient avec son époux céleste.
Il s'agit d'une extraordianaire relation amoureuse, qui paraphrase le Cantique des Cantiques, où l'épouse apparait aussi ardente que son époux.
On voit affirmé l'idéal de Claire, pour une relation qui implique une véritable réciprocité.
Le sujet féminin, loin de demeurer passif et de se contenter d'accueillir l'époux, prend des initiatives. Elle court vers son bien-aimé.

NB : Claire dans sa 4e lettre à Agnès a alors 60 ans quand elle écrit. Cette flamme on n'ose l'imaginer à ses 20 ans !

C'est aussi un époux qui "entraine à sa suite", dans le mystère pascal de mort et de résurrection.
Parce que Claire Le contemple longuement, elle n'a qu'un désir : l'imiter.

"Vierge pauvre, embrasse le Christ pauvre. Vois-le, qui pour toi s’est fait méprisable et, t’étant faite pour lui méprisable en ce monde, suis-le. Ton époux, le plus beau des fils des hommes, qui pour ton salut s’est fait le plus vil des hommes, qui a été méprisé, frappé et sur tout le corps flagellé de multiples fois, qui meurt au milieu des angoisses mêmes de la croix : très noble reine, regarde-le, considère-le, contemple-le en désirant l’imiter. Si tu souffres avec lui, avec lui tu règneras ; en partageant sa douleur, avec lui tu te réjouiras ; en mourant avec lui sur la croix de la tribulation, avec lui tu possèderas les demeures célestes dans les splendeurs des saints." (2LAg 18-21)

C'est dans une contemplation quotidienne - "chaque jour", "continuellement" selon les propres mots de Claire - que peut naitre la transformation intérieure de notre être. "Deviens ce que tu aimes" semble écrire Claire à Agnès. (=voir le thème du "miroir" chez Claire)
"il est splendeur de gloire et éclat de la lumière éternelle, il est miroir sans tache. Ce miroir, regarde-le chaque jour, ô reine et épouse de Jésus Christ, et réfléchis sans cesse en lui ton visage, pour ainsi te parer tout entière intérieurement et extérieurement, après t’être drapée et enveloppée d’ornements variés, également parée des fleurs et des vêtements de toutes les vertus, comme il convient à la fille et épouse très chère du très haut Roi." (4LAg 14-17)
Car Jésus est l'époux qui transforme en Lui toute personne.
"Pose ton esprit devant le miroir de l’éternité, pose ton âme devant la splendeur de la gloire ; pose ton coeur devant l’effigie de la substance divine et transforme-toi tout entière par la contemplation en l’image de la divinité elle-même, afin de sentir aussi toi-même ce que sentent les amis en goûtant la douceur cachée que Dieu lui-même a réservée depuis le commencement à ses amants." (3LAg 12-14)
Cet amour entre Claire et le Christ, cette union entre Claire épouse, et le Christ époux, n'est pas autocentrée, ne l'isole pas.
Au contraire, cela l'ouvre :
- à une implication toujours plus grande et inconditionnelle à la charité entre soeurs
"vous aimant les unes les autres de la charité du Christ, l'amour que vous avez au-dedans, montrez-le au-dehors par des œuvres" (Testament de Claire 59)
- à la maternité ("mère soeur épouse") et à une fécondité
"Comme donc la glorieuse Vierge des vierges [le fit] matériellement, ainsi toi aussi, suivant ses traces, en particulier celles de l'humilité et de la pauvreté, tu peux toujours, sans aucun doute, le porter spirituellement dans ta poitrine chaste et virginale, contenant Celui par qui et toi et toutes choses êtes contenues, possédant ce qu'en comparaison des autres possessions transitoires de ce monde, tu possèderas avec plus de force." 3LAg 24-26
- à être soutien des plus faibles et des personnes éprouvées
"Et pour employer dans leur sens propre les mots de l'Apôtre lui-même, je te considère comme la collaboratrice de Dieu lui-même et le soutien des membres vacillants de son corps ineffable." 3LAg 8