A la découverte de François

... et de ses frères

avec ses Ecrits, les Biographies, et les réactions de quelques frères & soeurs

François & l'Eglise

Précédemment nous avons vu comment Claire envisageait et vivait sa relation avec l'Eglise, et nous avons pu dire -entre autres- combien François l'avait marquée.

Au coeur de l'expérience de François, il y a sa convertion & sa rencontre avec Jésus crucifié, dans la chapelle de St Damien en ruines...

"Peu de temps avant que la transformation de son coeur n'apparût dans ses habitudes de vie, il lui arriva de se promener un jour du côté de l'église Saint-Damien, une église presque en ruines et abandonnée de tous ; poussé par l'Esprit, il entra pour prier. Prosterné, suppliant devant le crucifix, il fut touché et visité de grâces extraordinaires ; il se sentit devenir tout autre qu'il n'était en entrant. Or, à sa stupéfaction, voilà soudain qu'il entend, par un miracle inouï, cette image qui remue les lèvres, ce crucifié qui parle, l'appelant par son nom :
« François, lui disait-il, va et répare ma maison qui, tu le vois, tombe en ruines ! »
Tremblant, stupéfait, François était comme égaré, incapable de répondre. Il se mit en devoir d'obéir et concentra toutes ses forces pour exécuter."

2Celano 10

NB. Cet évènement important de la Vie de François n'était pas dans les premières biographies du Saint, il semble que ce soit Claire qui l'ait porté à la connaissance de Thomas de Celano, qui l'a inscrit dans sa deuxième version.

Il nous faut observer la situation de l'époque. Le corps de l'Eglise vivait des tensions et des déchirements profonds. D'un côté, il y avait l'Eglise institutionnelle - pape, évêques, haut clergé - rongé par ses éternels conflits ou alliances avec l'empire. Une Eglise perçue comme lointaine, engagée dans des affaires trop au-dessus des intérêts de la population.

De l'autre côté, il y avait une société qui commençait à émigrer des campagnes vers les villes en quête d'une plus grande liberté par rapport aux différentes servitudes. Cette partie de la société assimilait l'Eglise aux classes dominantes dont elle sentait le besoin de s'affranchir et sympathisait avec le bas clergé qui était rarement à la hauteur spirituellement, mais plus proches du peuple. La hiérarchie essayait de répondre à ces tensions en améliorant son organisation et réprimant les abus, tant en son sein (lutte contre la simonie et le concubinage des prêtres) qu'à l'extérieur, au sein de la société. Tous ceux qui étaient contre l'Église brandissaient l'idéal de la pauvreté et de la simplicité évangélique.

Ainsi, quand François entend "réparer ma maison = l'église"... il va chercher et quêter des pierres.

Pour cela il commence par dépenser tout son argent dans ce but, (en fait, surtout l'argent de son père...), son cheval et tout le tissu en réserve de la boutique familiale.

Son père est furieux, et le mène en procès devant l'évèque. C'est là que François se met tout nu, en disant qu'il ne voulait plus rien à voir à faire avec lui.

Voici le récit qu'en fait Thomas de celano :

15 Comme il avait été conduit en présence de l'évêque, il ne tarde ni n'hésite en rien ; au contraire, sans attendre ni prononcer de paroles, il quitte et rejette sur-le-champ tous ses vêtements et les restitue à son père. Bien plus, sans même conserver ses caleçons, il se dénude entièrement devant tous. Regardant son courage et admirant excessivement sa ferveur et sa constance, l'évêque se leva aussitôt et, le recueillant entre ses bras, il le couvrit du manteau dont il était vêtu. Il comprit clairement que c'était le plan divin et reconnut que les actions de l'homme de Dieu qu'il avait vues en sa présence contenaient un mystère. Aussi l'évêque devint-il dorénavant son soutien et, l'encourageant et le confortant, il l'embrassa avec des entrailles de charité. Voici que désormais François combat nu avec le nu et qu'après avoir quitté tout ce qui est du monde, il ne se rappelle plus que la justice divine. Désormais il s'applique à mépriser sa propre vie en abandonnant toute inquiétude pour elle : de cette façon, le pauvre qu'il était eut la paix sur la route assiégée et seule la paroi de la chair le sépara, pour un temps, de la vision de Dieu.


1 Celano 15

Thomas de Celano précisa ensuite, dans sa troisième version de la Vie de François :

Devant l'auditoire nombreux de ceux qui s'étaient assemblés, il dit : "De ce jour, je dirai librement : "Notre Père, qui es aux cieux" et non : "mon père Pierre de Bernardone" ; à ce dernier, voici que non seulement je rends cet argent, mais je lui résigne intégralement mes vêtements. C'est donc nu que j'irai vers le Seigneur."


2 Celano 12

Au bout de quelques années, des frères rejoignent François. Quand ils furent douze, ils prirent la décision de mettre par écrit leur forme de vie, et de la faire approuver par les responsables de l'Eglise.
Voici un récit/témoignage composé peu de temps après la mort de François, par un moine anglais Roger de Wendover, (in Fleurs des histoires (vers 1225-1235)) :
Pour mener à bien son projet salutaire, l'homme de Dieu François coucha par écrit sur une feuille les articles mentionnés ci-dessus [particulièrement la pauvreté radicale] avec quelques autres, qui sont observés très strictement jusqu'au jour d'aujourd'hui par les frères de cette religion, les présenta au pape Innocent qui siégeait en consistoire à Rome et demanda que sa requête fût confirmée par le Siège apostolique.
[Comment le pape confirma cet Ordre par privilège]
C'est pourquoi, considérant avec attention l'habit informe du frère en question, son visage ingrat, sa longue barbe, ses cheveux en bataille et ses sourcils tombants et noirs, le pape se fit lire sa requête si difficile et d'une application commune impossible, puis le regarda avec mépris et dit : " Va chercher des porcs, frère, car c'est à eux que tu devrais être comparé plutôt qu'aux hommes, et vautre-toi avec eux dans leur bauge : remets-leur la règle que tu as prévue et remplis ton office de prédicateur !" À ces mots, François inclina la tête et sortit. Après avoir trouvé des porcs, il se vautra avec eux dans la boue jusqu'à ce qu'il eût souillé tout son corps de la plante des pieds au sommet de la tête de même que son habit. Ainsi revenu au consistoire, il se présenta au regard du pape en disant : " Seigneur, dit-il, j'ai fait comme tu m'as ordonné ; maintenant, je t'en supplie, écoute ma requête ! " Stupéfait à la vue de son geste, le pape s'affligea fort de l'avoir méprisé ; puis, ayant repris ses esprits, il lui ordonna de revenir à lui après s'être lavé. Il se purifia rapidement de la crasse et revint en hâte. Ému par la situation, le pape accueillit donc sa requête et, lui confirmant par privilège de l'Église de Rome l'office de prédication en même temps que l'Ordre qui faisait l'objet de sa requête, il le renvoya avec sa bénédiction. Par la suite, François, le serviteur de Dieu, construisit dans la ville de Rome un oratoire où récolter les fruits de la contemplation et, en remarquable guerrier, engagea le combat spirituel contre les esprits malins et les vices de la chair.

Pour en voir le même récit en image... C'est à partir de 12 minutes...
 
Quand François en parle, il dit simplement :
Après que le Seigneur m’eut donné des frères, personne ne me montra ce que je devais faire. Mais le Très-Haut lui-même me révéla que je devais vivre selon le saint évangile. Alors je fis rédiger un texte en peu de mots bien simples, et le seigneur pape me l’approuva (Test 14).
Et de toutes les façons,ce n'est pas cette histoire que les récits officiels ont retenu.
François et ses frères à leur arrivée furent bien éconduits, mais le Pape, après une nuit de sommeil qui porta conseil, les fit rappeler. Le rêve qu'il avait fait lui avait fait changer radicalement d'opinion.
pour une explication de cette fresque de Giotto visible dans la basilique St François d'Assise