saint François, et la Création
... sous la plume de Bonaventure
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Legenda Minor
III. LES VERTUS DONT DIEU LE GRATIFIA

6.Son amour de la très haute pauvreté permit à l'homme de Dieu d'enrichir son trésor de sainte simplicité : lui qui ne possédait en propre absolument rien en ce monde, il semblait être, dans le Créateur du monde, propriétaire de toute chose et de tout bien.
Il possédait un regard, c'est-à-dire une attitude d'esprit, d'une simplicité de colombe ; tout objet qu'il voyait, sa contemplation le mettait en référence avec l'Artisan souverain ; c'est le Créateur qu'en chaque objet il savait découvrir, aimer et louer.
Ainsi en arriva-t-il, par une faveur de la bonté du ciel, à posséder tout en Dieu et Dieu en tout.

A force de remonter à l'Origine première de toutes choses, il en était venu à donner les noms de frère et de sœur aux créatures, mêmes les plus humbles, puisqu'elles et lui étaient sorties du même et unique principe ; il était enclin cependant à plus de tendresse et de douceur pour celles qui, par leur nature ou par l'enseignement symbolique de l'Ecriture, rappellent l'amour et la douceur du Christ.
C'est la raison pour laquelle, par un effet de la puissance de Dieu, les bêtes à leur tour se sentaient attirées par lui, et même les objets inanimés obéissaient à son bon plaisir, comme si la simplicité et la droiture du saint l'avaient déjà rétabli dans l'état d'innocence.

Legenda Major
CHAPITRE 8

LES ÉLANS DE SA PIÉTÉ. COMMENT LES CRÉATURES SANS RAISON SEMBLAIENT S’INGÉNIER À LUI FAIRE PLAISIR.


1.La vraie piété qui, selon l’Apôtre, est utile à tout, avait tellement rempli et tellement imprégné le cœur de François qu’elle semblait avoir pris possession de l’homme de Dieu tout entier.
D’où la dévotion qui le faisait remonter jusqu’à Dieu, la compassion qui faisait de lui un autre Christ, la prévenance qui l’inclinait vers le prochain, et avec chacune des créatures une amitié rappelant notre primitif état d’innocence.

Mais bien qu’il fût spontanément attiré par toutes les créatures, son cœur le portait spécialement vers les âmes rachetées par le sang précieux du Christ Jésus, et lorsqu’il y remarquait la souillure de quelque péché, il pleurait leur malheur avec une tendresse si pathétique qu’il les enfantait chaque jour, comme une mère , dans le Christ.
S’il avait une telle vénération pour les prédicateurs, ministres de la parole de Dieu, c’est surtout parce qu’ils suscitent à leur frère mort, à Jésus-Christ crucifié pour les pécheurs, des enfants que leur zèle et leur activité convertissent et dirigent ; et il disait que ce ministère de miséricorde est bien plus agréable au Père de toutes les miséricordes que n’importe quel sacrifice , surtout si l’on s’en acquitte en esprit de parfaite charité, en y travaillant par l’exemple plus que par la parole, par la prière et les larmes plus que par d’abondants discours.

6. À force de remonter à l’Origine première de toutes choses, il avait conçu pour elles toutes, une amitié débordante et appelait frères et sœurs les créatures même les plus petites, car il savait qu’elles et lui procédaient du même et unique principe . Il était enclin cependant à plus de tendresse et de douceur pour celles qui par leur nature ou par l’enseignement symbolique de l’Écriture nous rappellent l’amour et la douceur du Christ. Il racheta souvent des agneaux que l’on menait abattre , en souvenir de l’Agneau très doux qui voulut être mené à la mort pour racheter les pécheurs.

Il advint, une nuit qu’il était hébergé au monastère de Saint-Vergoin, dans le diocèse de Gubbio, qu’une brebis eut un agneau. Mais une truie méchante se trouvait dans l’étable ; sans pitié pour l’innocent, elle le tua sauvagement et le dévora. Quand il l’apprit, le pieux Père, très ému et se souvenant de l’Agneau sans tache, pleura devant tous la mort du petit agneau : « Hélas ! frère agnelet, créature innocente qui rappelles le Christ aux hommes, maudite soit l’impie qui t’a tué ! Que personne, homme ni bête, ne mange jamais de sa chair ! »

Merveille : aussitôt la truie malfaisante commença d’être malade ; après avoir purgé pour ainsi dire sa peine durant trois jours elle reçut enfin son dernier châtiment et creva. On la bascula dans un fossé du monastère où elle demeura longtemps, sèche comme une planche, et personne n’y trouva de quoi apaiser sa faim.

Que les hommes sans cœur prennent donc bien garde au châtiment qui les attend, puisque la cruauté d’une bête fut déjà punie d’une mort si affreuse ; et que les chrétiens pieux considèrent la puissance admirable et la délicatesse infinie d’une bonté, que les bêtes elles-mêmes reconnaissaient à leur manière .

 
7. Un jour qu’il voyageait dans les environs de Sienne, il rencontra dans les prés un important troupeau de moutons. Il les avait à peine salués avec sa bonté coutumière, que tous s’arrêtèrent de brouter et coururent vers lui, levant la tête et le fixant des yeux.
Ils lui firent une telle fête que les bergers et les frères restèrent ébahis de les voir si joyeux, des agneaux jusqu’aux béliers.
- A Sainte-Marie de la Portioncule, on offrit un jour à l’homme de Dieu une brebis qu’il accepta volontiers, tant il aimait l’innocence et la simplicité que ces animaux manifestent spontanément.
Le saint lui faisait ses recommandations : être attentive aux louanges divines, se garder de nuire aux frères si peu que ce fût...

Et elle, sensible à l’affection de l’homme de Dieu, mettait toute sa bonne volonté à s’y conformer.

Quand elle entendait le chant des frères au chœur, elle entrait elle aussi dans l’église, fléchissait les genoux sans que personne l’y eût initiée et, en guise de salutation, poussait quelques bêlements devant l’autel de la Vierge, la Mère de l’Agneau.

Bien mieux : quand au cours de la messe on élevait le très saint Corps du Christ, elle se prosternait, comme pour stigmatiser par l’exemple de son respect la négligence des distraits et pousser les attentifs à plus de vénération pour ce sacrement.

- Il avait un moment gardé avec lui à Rome un petit agneau, en souvenir du très doux Agneau ; à son départ, il en confia la garde à une noble dame nommée Jacqueline de Settesoli. L’agneau, comme instruit par le saint des choses spirituelles, restait inséparablement attaché à cette dame, la suivait à l’église, y restait avec elle, revenait avec elle. Si elle était un peu paresseuse à sortir du lit le matin, il venait la relancer en la frappant de ses petites cornes et la réveillait de ses bêlements, la pressant par ses mouvements et ses gestes de partir promptement pour l’église. C’est pourquoi cette dame prenait soin de son agneau aimable et merveilleux, disciple de François, qui était alors passé maître en dévotion.
Jacqueline de Settesoli
8. Une autre fois, à Greccio, on offrit à l’homme de Dieu un levraut vivant qui, placé à terre et libre de s’enfuir où il voulait, se précipita à l’appel du doux Père et vint se blottir dans son sein.
François le caressa tendrement et affectueusement, lui témoigna une affection quasi maternelle, puis le sermonna gentiment pour lui recommander de ne plus se laisser prendre, et lui permit de repartir en liberté.
Mais on avait beau le mettre à terre pour qu’il s’enfuît, toujours il revenait au Père comme si un secret instinct l’eût averti de la bonté de son cœur ; enfin, sur ordre du Père, les frères l’emmenèrent en des endroits plus éloignés et plus sûrs.
Même scène un jour dans une île du lac de Pérouse : un lièvre avait été capturé et offert à l’homme de Dieu, dans les bras duquel il se réfugiait avec autant de confiance qu’un animal apprivoisé, et pourtant il fuyait à l’approche de tout autre.
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