Alors, en fait, en temps normal, vous êtes confinées 24h/24 ?

Pas vraiment ! Ce n'est pas parce qu'on vit en "clôture", dans un monastère, et qu'on ne sort que rarement que nous sommes "confinées". Il y a une grande différence : le confinement est contraint dans le but de lutter contre la propagation d'un virus ; nous, nous avons fait le choix de demeurer dans un monastère dans le but de vivre dans le silence pour être en mesure d'être plus en communion avec le Seigneur.
Une autre différence, c'est que, lors du confinement, les personnes cherchent d'autres activités : télétravail, films, jeux... Nous, notre quotidien en "clôture" est ordinairement fait d'une alternance entre prière, travail, détente (voir notre emploi du temps).
Autre différence, l'espace : nous, nous avons un espace adapté à une vie en "clôture", avec de grands bâtiments et un grand jardin, alors que, dans la plupart des cas, les personnes confinées n'ont qu'un espace réduit dans lequel vivre...
Enfin, en temps ordinaire, des personnes peuvent venir au monastère prier, confier leurs intentions de prière, parler ; nos familles peuvent venir nous voir selon un rythme préétabli. En ces temps de confinement, rares sont les personnes qui passent notre portail (aides à domicile, une ou deux personnes qui viennent prier silencieusement dans notre chapelle). Par contre, notre prière se fait plus intense.
Mis à part cela, c'est vrai que le confinement et notre vie en "clôture" présentent au moins une vraie ressemblance :
nous ne sortons que pour des raisons de santé, pour la formation, pour aller voter, effectuer des actes administratifs que nous ne pouvons pas faire autrement,faire des courses ou aller à la Poste, aller visiter nos soeurs en EPHAD ou à l'hôpital.

ii

Oui, a priori, mais nous ne sommes pas contagieuses et c'est cela notre problème car on aimerait bien contaminer les autres de l'amour de Jésus ! Dans tous les cas, ce retrait est au service de notre vie de prière mais il ne nous coupe pas du monde. Là, le principe du confinement c'est d'avoir le moins de contact possible. Même si on a l'habitude d'être en retrait, on a une vie fraternelle, et la situation actuelle nous invite à vivre la fraternité autrement en communauté, en faisant preuve d'imagination (à la messe, au geste de paix, faire un beau sourire plutôt qu'une embrassade) et en respectant les "gestes barrières".

Non, en temps normal, nous ne sommes pas confinées 24h/24 mais nous vivons "en retrait" en retrait du bruit du monde, pour être plus à l'écoute. Le confinement limite les relations. Or, le monastère est inséré dans un réseau de relations avec tous ceux qui viennent prier dans notre chapelle, confier des intentions, rencontrer une soeur (pour le travail, ou pour un groupe d'enfants)... et aujourd'hui, personne ! Cela est étrange de n'avoir personne à la chapelle ou à sonner à l'accueil....
De plus, en communauté, cela change aussi : plus de précautions, garder certaines distances, notamment à la chapelle où tout est plus espacé. C'est aussi moins de sacrements (pas de confession).
De même, si une soeur est "suspectée" (notamment avec de la fièvre) et mise en quarantaine, avant elle restait dans sa cellule et pouvait "apparaître" pour prendre une chose dont elle avait besoin. Désormais, elle est confinée dans une chambre à l'infirmerie 24h/24 en évitant les contacts avec les autres soeurs ! Passer d'une vie "en retrait" à une vie confinée, cela change beaucoup aussi pour nous ! Pour une soeur confinée à l'infirmerie, cela signifie plus de participation à la vie communautaire (sauf via la sonorisation des offices, de la lecture pendant les repas), plus d'échanges directs avec la communauté pendant les repas ou les temps de récréation, mais aussi plus de travail, ni de services... avec beaucoup moins d'espace pour bouger (passer d'un monastère avec jardin à une simple chambre d'infirmerie...). Par contre, cela laisse beaucoup de temps pour s'unir par la prière à tous les malades, aux personnes âgées qui se retrouvent confinées dans une chambre, mais aussi aux soignants qui se dévouent... et de tous les confier au Christ.

Témoignage d'une autre soeur clarisse française, vivant au monastère d'Assise, en Italie, sur le site du Vatican.
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