3e dimanche de Pâques, 26 avril 2020 - année A -

 

 

Évangile de Jésus Christ selon saint Luc (24, 13-32)

Le même jour (c'est-à-dire le premier jour de la semaine),
deux disciples faisaient route vers un village appelé Emmaüs,
à deux heures de marche de Jérusalem,
et ils parlaient entre eux de tout ce qui s'était passé.
Or, tandis qu'ils s'entretenaient et s'interrogeaient,
Jésus lui-même s'approcha, et il marchait avec eux.
Mais leurs yeux étaient empêchés de le reconnaître.
Jésus leur dit : " De quoi discutez-vous en marchant ? "
Alors, ils s'arrêtèrent, tout tristes.
L'un des deux, nommé Cléophas, lui répondit :
" Tu es bien le seul étranger résidant à Jérusalem
qui ignore les événements de ces jours-ci. "
Il leur dit : " Quels événements ? "
Ils lui répondirent : " Ce qui est arrivé à Jésus de Nazareth,
cet homme qui était un prophète puissant par ses actes et ses paroles
devant Dieu et devant tout le peuple :
comment les grands prêtres et nos chefs l'ont livré,
ils l'ont fait condamner à mort et ils l'ont crucifié.

Nous, nous espérions que c'était lui qui allait délivrer Israël.
Mais avec tout cela, voici déjà le troisième jour qui passe depuis que c'est arrivé.
À vrai dire, des femmes de notre groupe nous ont remplis de stupeur.
Quand, dès l'aurore, elles sont allées au tombeau, elles n'ont pas trouvé son corps ;
elles sont venues nous dire
qu'elles avaient même eu une vision :
des anges, qui disaient qu'il est vivant.
Quelques-uns de nos compagnons sont allés au tombeau,
et ils ont trouvé les choses comme les femmes l'avaient dit ;
mais lui, ils ne l'ont pas vu. "
Il leur dit alors :
" Esprits sans intelligence ! Comme votre cœur est lent à croire
tout ce que les prophètes ont dit !
Ne fallait-il pas que le Christ
souffrît cela pour entrer dans sa gloire ?
"
Et, partant de Moïse et de tous les Prophètes,
il leur interpréta, dans toute l'Écriture,
ce qui le concernait
.
Quand ils approchèrent du village où ils se rendaient,
Jésus fit semblant d'aller plus loin.
Mais ils s'efforcèrent de le retenir :
" Reste avec nous,
car le soir approche et déjà le jour baisse. "
Il entra donc pour rester avec eux.
Quand il fut à table avec eux,
ayant pris le pain,
il prononça la bénédiction

et, l'ayant rompu,
il le leur donna.
Alors leurs yeux s'ouvrirent, et ils le reconnurent,
mais il disparut à leurs regards.
Ils se dirent l'un à l'autre :
" Notre cœur n'était-il pas brûlant en nous,
tandis qu'il nous parlait sur la route
et nous ouvrait les Écritures ? "

À l'instant même, ils se levèrent et retournèrent à Jérusalem.
Ils y trouvèrent réunis les onze Apôtres et leurs compagnons,
qui leur dirent :
" Le Seigneur est réellement ressuscité :
il est apparu à Simon-Pierre. "
À leur tour, ils racontaient ce qui s'était passé sur la route,
et comment le Seigneur s'était fait reconnaître par eux
à la fraction du pain.


Jésus fait route avec les disciples et ils ne le reconnaissent pas. Si on ne peut reconnaître un vieillard dans sa photo lorsqu'il était enfant, à plus forte raison la résurrection a transformé le corps de Jésus, même si c'est bien son corps. Mais il y a plus, les disciples sont enfermés dans leur chagrin.
Jésus fait toujours route avec nous, mais la plupart du temps nous ne reconnaissons pas.
Nous sommes trop enfermés sur nous même, sur nos soucis, nos préoccupations. Bien sûr, il faut être attentif à ce qu'on fait, et aux autres, mais cela ne doit pas nous empêcher de faire ce qu'on a à faire avec lui, au contraire, il nous aidera, d'essayer de le voir dans les autres, surtout peut-être dans ceux qui nous énervent ou nous dérangent car eux aussi, eux surtout, sont visage de Dieu, ce Dieu qui nous surprend toujours et qui vient là où on ne l'attendait pas.
Car comment reconnaître le Messie, le Sauveur du monde, le Fils de Dieu, dans cet homme humble, d'extraction modeste, qui a fait des prodiges, certes, mais a terminé sa vie lamentablement, condamné à mort. Scandale pour les juifs et folie pour les païens, dira saint Paul. C'est tout aussi incompréhensible pour les femmes et les hommes d'aujourd'hui.
Alors Jésus patiemment, reprend dans toute la bible ce qui le concernait. Dès la Genèse, un sauveur est attendu et par petites touches, son portrait se dessine. Le psaume 21 que Jésus a récité lorsqu'il était sur la croix, décrit jusque dans les détails ses souffrances :

Tous ceux qui me voient me bafouent,
ils ricanent et hochent la tête :
" Il comptait sur le Seigneur : qu'il le délivre !
Qu'il le sauve, puisqu'il est son ami ! "

Ils me percent les mains et les pieds ;
je peux compter tous mes os.
Ces gens me voient, ils me regardent.
Ils partagent entre eux mes habits
et tirent au sort mon vêtement.

Mais toi, Seigneur, ne sois pas loin :

Et le psaume se termine par l'action de grâce :

Tu m'as répondu !
Et je proclame ton nom devant mes frères,
je te loue en pleine assemblée.

Isaïe va plus loin encore, dans ses Chants du serviteur, il décrit cet homme maltraité à cause de notre péché : "Méprisé, abandonné des hommes, homme de douleurs, familier de la souffrance, il était pareil à celui devant qui on se voile la face ; et nous l'avons méprisé, compté pour rien. En fait, c'étaient nos souffrances qu'il portait, nos douleurs dont il était chargé. Et nous, nous pensions qu'il était frappé, meurtri par Dieu, humilié. Or, c'est à cause de nos révoltes qu'il a été transpercé, à cause de nos fautes qu'il a été broyé. Le châtiment qui nous donne la paix a pesé sur lui : par ses blessures, nous sommes guéris... comme un agneau conduit à l'abattoir, comme une brebis muette devant les tondeurs, il n'ouvre pas la bouche. Arrêté, puis jugé, ... frappé à mort pour les révoltes de son peuple... Par suite de ses tourments, il verra la lumière, la connaissance le comblera. Le juste, mon serviteur, justifiera les multitudes, il se chargera de leurs fautes. C'est pourquoi, parmi les grands, je lui donnerai sa part, avec les puissants il partagera le butin, car il s'est dépouillé lui-même jusqu'à la mort, et il a été compté avec les pécheurs, alors qu'il portait le péché des multitudes et qu'il intercédait pour les pécheurs." (Isaïe 53, 3-5, 7-8, 11-12)
Luc ne prend pas la peine de nous transmettre l'enseignement de Jésus. Dans un sens c'est dommage, mais dans l'autre c'est à nous à faire ce voyage à travers la bible.

Appliqués à Jésus ces textes deviennent lumineux, mais avant la Résurrection, il était bien difficile de les comprendre.
C'est seulement lorsque Jésus disparaît que les disciples le reconnaissent. Pour nous aussi il en est souvent ainsi, c'est après un événement, une épreuve que nous reconnaissons le passage de Dieu. Ainsi le coronavirus qui est certes, une grosse épreuve pour le monde entier, aura fait surgir de multiples gestes de solidarité, ralenti une course effrénée, fait réfléchir aux valeurs essentielles. A nous d'en tirer les conséquences et de nous en souvenir une fois l'épreuve passée.
Alors que la nuit est tombée et que Jérusalem est à 2 heures de marche, les disciples, fous de joie, retournent porter la Bonne Nouvelle à leurs amis. Et nous ? si nous croyons que Jésus est vraiment ressuscité, que nous sommes sauvés de toutes nos faiblesses, nos lâchetés, grâce à son amour, cela devrait nous emplir d'une joie immence que nous ne pouvons garder pour nous.