Avec ste Angèle de Foligno

pas à pas
à partir du Livre des visions et instructions

   
         

Pour une meilleure compréhension, nous vous proposons une lecture commentée, qui est aussi l'occasion d'un partage. Entre nous, sœurs qui animons ce site, mais avec vous, si vous le désirez. Merci de vos contributions ! clarisses2nantes@sfr.fr

Ainsi une première soeur commente l'oeuvre. On la reconnait avec ce picto :

et d'autres ajoutent leur grain de sel...

Nous avons choisi de publier les Pas proposés par Angèle, à la suite.
Pour une accession plus rapide,
ont déjà été publiés :

Premier pas - deuxième pas - troisième pas - quatrième pas - cinquième pas - sixième pas -

et sur cette page

septième pas - huitième pas - neuvième pas - dixième pas - onzième pas - douzième pas -

puis ...

treizième pas - quatorzième pas - quinzième pas - seizième pas - dix-septième pas - dix huitième pas

         
 
SEPTIÈME PAS
VUE DE LA CROIX
     
         
Ici je reçus la grâce spéciale du regard sur la croix sur laquelle je contemplais avec l’œil du cœur et celui du corps, Jésus-Christ mort pour nous.
Mais cette vision était insipide, quoique très douloureuse.
   
         

Avec ce septième pas, nous entrons dans ce qui fait le cœur de la prière franciscaine : la contemplation de la Passion du Christ.
Une prière qui se sert de tout l’être : l’œil du cœur & du corps. Ainsi pour méditer et contempler, l’intelligence ou l’affectivité seules ne sont pas uniquement sollicitées. Le corps lui aussi participe. Par exemple dans la prière du chemin de Croix, le fait de se déplacer au fur et à mesure des stations, de se mettre à genoux, les bras en croix, est un moyen simple de mettre tout son corps en prière, et de s’unir au Christ en sa Passion.

En écho, un texte de Bonaventure pour aller plus loin. Il écrit à une clarisse.

   
         

- Je ne vois pas pourquoi regarder la croix serait insipide... Douloureux, à la limite, et encore... Mais insipide, non ! Regarder Jésus n'est pas insipide !

- et toi, tu n'es jamais restée une heure devant le Saint Sacrement à te barber ?

- Pour moi, regarder un supplicié mourant sur une croix, c'est horrible. Jamais je ne pourrais regarder une croix si je ne savais pas que Jésus est ressuscité.

- Ce que dit Angèle me rappelle ce que dit Sainte Claire : "Regarde-Le, médite-Le, contemple-Le et n'aies d'autre désir que de L'imiter" (2e Lettre de Claire).

   
       
 
HUITIÈME PAS
CONNAISSANCE DE JÉSUS-CHRIST
   
         
Je reçus, avec le regard sur la croix, une plus profonde connaissance de la façon dont Jésus-Christ était mort pour nos péchés.
J’eus de mes propres péchés un sentiment très cruel, et je m’aperçus que l’auteur du crucifiement c’était moi.
Mais l’immensité du bienfait de la croix, je ne m’en doutais pas encore.
Mon salut, ma conversion, sa mort, je ne pénétrais pas dans le comment de ces choses.
La profondeur de l’intelligence me fut donnée plus tard.
Dans le regard que je raconte il n’y avait que du feu, feu d’amour et de regret, feu tel, que, debout au pied de la croix, je me dépouillai de toutes choses par la volonté et m’offris tout entière, et avec tremblement, je fis vœu de chasteté, et accusant mes membres, l’un après l’autre, je promis de les garder sans tache désormais.
Et je priais qu’il me gardât fidèle à cette chasteté: d’une part je tremblais de faire cette promesse ; de l’autre le feu me l’arrachait, et il me fut impossible de résister.
   
         
De la contemplation du Christ en sa Passion peut naître en nous un réel désir de changement, parce que c’est là que se trouve le bois pour enflammer nos cœurs !
C’est le bois de la Croix qui est source d’émerveillement sur la Grandeur de l’Amour de Dieu pour nous.
Et c’est cette prise de conscience qui nous permet de prendre des décisions qui nous engagent vers une plus grande union avec Lui !

En écho : un autre texte pour approfondir, de St Bonaventure qui écrit à une Clarisse.

   
         

- Pour une fois je suis d'accord, en ce sens que ce n'est pas la croix pour la croix qu'il faut regarder, mais y découvrir l'amour de Jésus pour nous. C'est l'amour qui compte et non la souffrance, même si c'est à travers cette souffrance qu'on découvre l'amour de Jésus.

- Rien à dire de plus, ok !

 
         
 
NEUVIÈME PAS
LA VOIE DE LA CROIX
   
         

Ici le désir me fut donné de connaître la voie de la croix, afin de savoir me tenir debout à ses pieds, et trouver le refuge, l’universel refuge des pécheurs. La lumière vint, et voici comment me fut montrée la voie.

Si tu veux aller à la croix, me dit l’Esprit, dépouille-toi de toutes choses, car il faut être légère et libre.

Il fallut pardonner toute offense, me dépouiller de toute chose terrestre, hommes ou femmes, amis, parents et toute créature ; et de la possession de moi, et enfin de moi-même, et donner mon cœur à Jésus-Christ, de qui je tenais tout bien, et marcher par la voie épineuse, la voie de la tribulation.
Je me défis pour la première fois de mes meilleurs vêtements et des aliments les plus délicats, et des coiffures les plus recherchées.
Je sentis beaucoup de peine, beaucoup de honte, peu d’amour divin.
J’étais encore avec mon mari, c’est pour quoi toute injure qui m’était dite ou faite avait un goût amer. Cependant je la portais comme je pouvais.
Ce fut alors que Dieu voulut m’enlever ma mère, qui m’était, pour aller à lui, d’un grand empêchement. Mon mari et mes fils moururent aussi en peu de temps.
Et parce que étant entrée dans la route, j’avais prié Dieu qu’il me débarrassât d’eux tous, leur mort me fut une grande consolation.
Ce n’était pas que je fusse exempte de compassion ; mais je pensais qu’après cette grâce, mon cœur et ma volonté seraient toujours dans le cœur de Dieu, le cœur et la volonté de Dieu toujours dans mon cœur.

   
         

Ce passage peut sembler assez difficile à entendre, surtout avec nos oreilles du XXIè s. Mais déjà, du temps d'Angèle, beaucoup ont dû la trouver au mieux, plus admirable qu'imitable ! D'ailleurs, elle le dit elle-même, ses proches, sa famille, son mari, l'injurient...

Il est plus que probable, qu'Angèle ait pris ces paroles de Jésus au pied de la lettre :

"Si quelqu'un vient à moi, et s'il ne hait pas son père, sa mère, sa femme, ses enfants, ses frères, et ses soeurs, et même sa propre vie, il ne peut être mon disciple." Lc 14. 26

Haïr est un mot fort, dans la Bible, il est toujours employé comme nécessité impérative de choisir. Suivre et aimer Dieu suppose d'arrêter de danser d'un pied sur l'autre (1 R 18, 21), de s'engager totalement corps et âme. Comme Angèle, repérer ce qui m'entrave, ce qui m'empèche d'aller à Dieu... il faut que je le haïsse, et comme je n'en suis pas capable... que Dieu m'en débarrasse !!!

Qu'est-ce qui m'empèche de trouver refuge à la Croix ?

pour aller plus loin, un texte tiré du Journal de Veronica Giuliani

   
         

- Affreux ! Qu'est-ce que c'est que cette religion ! D'abord si elle était mariée son devoir c'était de se faire belle pour son mari. Mais surtout, souhaiter la mort des siens sous prétexte d'être plus libre pour aimer Dieu, c'est horrrrrible ! Jésus lui, il a pleuré sur la mort de son ami Lazare et même il lui a redonné la vie.. Lui au moins il avait du coeur.

- Elle fait ce qu'elle peut, comme nous... Son but n'est pas de trucider tout son entourage, mais de "trouver refuge à la croix". Elle ne pense visiblement qu'à cela et, malheureusement, ses proches sont les victimes collatérales de ce désir... Et finalement, il se trouve qu'ils meurent...
Nous, aujourd'hui, nous avons tous des choses ou des "personnes" à quitter pour suivre le Christ de façon plus radicale... Donc, au lieu de critiquer Angèle, posons-nous la question de savoir quoi ou qui quitter !

   
       
 
DIXIÈME PAS
LARMES
   
       

Je demandai à Dieu la chose la plus agréable à ses yeux. Alors, dans sa pitié, il m’apparut plusieurs fois dans le sommeil, ou dans la veille, crucifié. « Regarde, disait-il, regarde vers mes plaies. » Et par un procédé étonnant il me montrait comment il avait tout souffert pour moi. Ceci se renouvela plusieurs fois. Il me montrait chaque souffrance l’une après l’autre, en détail, et me disait : « Que peux-tu faire pour moi qui me récompense ? »

Il m’apparaît plusieurs fois dans le jour. Les visions du jour étaient plus apaisées que celles de la nuit ; toutes avaient l’aspect de la plus horrible douleur. Il me montrait les tortures de sa tête, les poils de sourcils, les poils de barbe arrachés ! Il comptait les coups de la flagellation, me montrait en détail à quelle place chacun d’eux avait porté, et me disait : « C’est pour toi, pour toi, pour toi. »
Alors tous mes péchés m’étant présentés à la mémoire, je compris que l’auteur de la flagellation, c’était moi. Je compris quelle devait être ma douleur. Je sentis celle que jamais je n’avais sentie. Il continuait toujours, étalant sa Passion devant moi, et disant : « Que peux-tu faire qui me récompense? »
Je pleurai, je pleurai, je pleurai, je sanglotai à ce point que je vis mes larmes brûler ma chair ; quand je vis que je brûlais, j’allai chercher de l’eau froide.

   
       

Angèle n'est pas la seule à être profondément bouleversée par la contemplation de Jésus en sa Passion.
Pour Ste Claire, ses soeurs témoignent de ses pleurs à cette pensée.
Elle passait une partie de la nuit ainsi, et le démon en profitait parfois pour la tourmenter.
Naturellement, on pourrait avoir cette réaction : " Ah ! mais c'est normal ! Ce sont des Italiennes !"

Si l'excès d'amour nous fait peur, alors peut-être le diable a gagné la partie !

Et moi ? Est-ce que je prends le temps de considérer ce que Jésus a souffert pour moi, par amour pour moi ? Est-ce que je me laisse toucher ? Comment concrètement je réponds à cet amour ?

un texte pour aller plus loin, de Padre Pio

   
       

 

- Elle est marrante: parce qu'elle "brûle" (d'amour sans doute) elle va chercher de l'eau froide !!! A part cela, c'est vrai que c'est en contemplant la passion de Jésus qu'on mesure mieux à quel point il nous a aimés. De là à compter les poils de sa barbe, ce n'est pas tellement ma tasse de thé.

- Moi, j'enlève tous les détails un peu "marrants" ou "olé olé" et je retiens les choses suivantes : c'est pour nous (chacun de nous et donc pour moi, pour toi, pour vous) que le Christ est mort et qu'il a souffert la Passion. Lorsqu'elle dit que "l'auteur de la flagellation, c'était moi", elle me fait comprendre que je ne suis pas meilleure que les autorités juives qui ont fait tuer Jésus. Lorsque je commets le mal (je me moque, je ne fais pas quelque chose que je ne devrais pas faire, etc.), je suis en train de flageller Jésus. Je devrai, comme Angèle, pleurer toutes les larmes de mon corps, pour cela. Qu'est-ce que je peux faire pour "récompenser" Jésus de m'avoir sauvé en mourant sur la croix et en ressuscitant ? Aimer (Dieu et les autres), un point c'est tout !

- Plus sérieusement, je ne pense pas que le Christ nous demande une récompense, il nous aime gratuitement ce qui n'empêche pas qu'il soit heureux que nous répondions à son amour.

   
       
       
 
ONZIÈME PAS
PÉNITENCE
   
       
Je me portai vers une pénitence trop rude pour que je la dise ; et je m’efforçai de la pratiquer. Mais comme elle était incompatible avec les choses du siècle, je résolus de tout quitter pour suivre l’inspiration divine qui me poussait vers la croix. Ce projet fut une grâce étonnante, et voici comment elle me fut donnée.
Le désir de la pauvreté me vint, et je craignis de mourir avant d’avoir été pauvre : d’un autre côté, j’étais combattue de mille tentations, j’étais jeune, la mendicité était entourée de périls et de hontes.
Il me faudra, disais-je, mourir de faim, mourir de froid et mourir nue, personne au monde ne m’approuvera. Enfin Dieu eut pitié, et la lumière se fit dans mon cœur, et l’illumination fut si puissante, que jamais elle ne s’éteindra ; je résolus de persévérer dans mon dessein, dussé-je mourir de faim, de froid, de honte. Je résolus d’aller en avant, eussé-je la certitude de tous les maux possibles. Je sentis qu’au milieu d’eux je mourrais pour Dieu, et je me décidai résolument.
   
       

Ainsi Angèle a de grandes inspirations... et d'aussi grandes résistances ! Son combat intérieur est celui de la raison : les désirs de pauvreté, de tout quitter... cela ne peut que mener à une mort certaine et honteuse !
Eh bien ! Ce qui la décide - et elle y voit là une lumière de Dieu - c'est que cette mort promise sera pour Dieu.

on pourra relire avec bénéfice le cheminement de François dans le dépouillement, et tout particulièrement celui-ci... sans oublier Claire ;)

   
       

- Qu'est-ce que c'est que cette histoire. Maintenant elle veut se donner la mort pour Dieu. C'est du suicide assisté par Dieu !

-T'as rien compris !!!!!!!! Elle ne veut pas mourir, elle veut vivre pauvrement, comme Jésus le demande dans l'Evangile : "Si quelqu'un veut me suivre, qu'il renonce à lui-même, qu'il prenne sa croix chaque jour et qu'il me suive" (Luc 9,23). Or, renoncer à soi, cela passe aussi par la pauvreté extérieure. Et, à l'époque d'Angèle, vivre pauvrement et mendier, pour suivre Jésus, c'était risqué, surtout pour une femme ! Du coup, elle dépasse sa peur de mourir et peut peut aller de l'avant : vivre pour Jésus dans l'état de vie à laquelle elle se sent appeler.

 
       
 
DOUZIÈME PAS
LA PASSION
   
         
Je priai la mère du Christ et son évangéliste saint Jean, par la douleur qu’ils ont supportée, de m’obtenir un signe qui gravât pour l’éternité dans ma mémoire la Passion de Jésus-Christ.    
         

Quand on entreprend un chemin difficile, il est bon de savoir compter sur des amis expérimentés.
Ainsi pour suivre le Christ en sa Passion, rien de mieux que Marie et Jean qui étaient auprès de Lui, au pied de la Croix ! (Jn 19. 25-26)

un texte pour approfondir, de Padre Pio

   
       

- Un signe, elle veut un signe. Jésus a dit cette génération mauvaise veut un signe. Moi quand je demande des signes, cela ne marche jamais !

- Parce que t'en a réellement demandé ? Plus sérieusement... Un signe c'est pas forcément quelque chose de gros, de visible, d'évident. Moi, parfois, Jésus me fait signe sans que je lui demande ! Après, quant à demander l'aide des saints... pfff...

- Quand on demande de l'aide à quelqu'un, on est plus attentif à ce qui peut arriver. On le voit d'une façon nouvelle. On peut voir des signes. Ca s'appelle la communion des saints.

- Pour moi, l'important, c'est d'avoir toujours (ou du moins le plus possible) en mémoire de la Passion de Jésus-Christ dans le coeur ! Après, d'où vient le signe, peu importe.