Avec ste Angèle de Foligno

pas à pas
à partir du Livre des visions et instructions

Pour une meilleure compréhension, nous vous proposons une lecture commentée, qui est aussi l'occasion d'un partage. Entre nous, sœurs qui animons ce site, mais avec vous, si vous le désirez. Merci de vos contributions ! clarisses2nantes@sfr.fr

Ainsi une première soeur commente l'oeuvre. On la reconnait avec ce picto :

et d'autres ajoutent leur grain de sel...

Nous avons choisi de publier les Pas proposés par Angèle, à la suite. Pour une accession plus rapide :

Premier pas - deuxième pas - troisième pas - quatrième pas - cinquième pas - sixième pas -

et la suite :

septième pas - huitième pas - neuvième pas - dixième pas - onzième pas - douzième pas -

et enfin

treizième pas - quatorzième pas - quinzième pas - seizième pas - dix-septième pas - dix huitième pas


Moi, dit Angèle de Foligno, entrant dans la voie de la pénitence, je fis dix-huit pas avant de connaître l'imperfection de la vie.
PREMIER PAS

ANGÈLE PREND CONNAISSANCE DE SES PÉCHÉS

Je regardai pour la première fois mes péchés, j’en acquis la connaissance ; mon âme entra en crainte ; elle trembla à cause de sa damnation, et je pleurai, je pleurai beaucoup.

 

Ce regard lucide sur nous-mêmes est paradoxalement une grâce. Car c’est du constat de notre propre misère, de notre éloignement de Dieu à cause du péché, que vient le désir de retourner vers Dieu, la conversion. C’est cela qui nous met en mouvement. Mais auparavant, les larmes de contrition sont là pour tout laver ! Ce n’est pas de l’apitoiement sur nous-mêmes. Juste le constat douloureux de notre décalage entre notre attitude et la grandeur de Dieu.
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- Non ! c'est savoir que Dieu m'aime qui me fait connaître et pleurer mes péchés, sinon je m'en balance ou j'en suis dépitée, ce qui est encore pire.
- Ce n'est pas ce qu'Angèle dit ! elle ne parle pas de l'amour de Dieu. elle se rend compte de son néant, et donc du décalage qu'il y a entre la grandeur de Dieu et ce qu'elle est. C'est tout.

DEUXIÈME PAS
LA CONFESSION
Puis je rougis pour la première fois, et telle fut ma honte, que je reculais devant l'aveu. Je ne me confessai pas, je n'osais pas avouer, et j'allai à la sainte table, et ce fut avec mes péchés que je reçus le corps de Jésus-Christ. C'est pourquoi ni jour ni nuit ma conscience ne cessait de gronder. Je priai saint François de me faire trouver le confesseur qu'il me fallait, quelqu'un qui pût comprendre et à qui je pusse parler. La même nuit, le vieillard m'apparut. " Ma sœur, dit-il, si tu m'avais appelé plus tôt, je t'aurais exaucée plus tôt. Ce que tu demandes est fait. "

Le matin, je trouvai dans l'église de Saint Félicien un frère qui prêchait.
Après le sermon, je résolus de me confesser à lui. Je me confessai pleinement ; je reçus l'absolution. Je ne sentis pas d'amour; l'amertume seulement, la honte et la douleur.

 

Nos péchés peuvent nous laisser un sentiment de honte, rien qu'à l'idée d'en parler à qui que ce soit. Et dans le même temps, nous voyons bien que nous ne pouvons pas recevoir le Seigneur dans son Eucharistie comme si de rien était. En fait nous nous bloquons et nous n'osons pas nous ouvrir à un confesseur, parce que nous croyons que nous allons nous retrouver devant un tribunal, où nous serons immanquablement jugés sévèrement.

Si tel est le cas, prions comme Angèle, pour que le Seigneur nous donne de trouver la personne qui saura nous comprendre et à qui nous pourrons parler. Une personne qui saura se faire l'instrument de Sa miséricorde.

Mais, dans le cas d'Angèle, après s'être résolue à s'ouvrir à un confesseur, l'absolution qu'elle reçut après sa confession ne lui donna pas la paix qu'elle envisageait à savoir, ressentir l'amour. Juste de l'amertume, de la honte et de la douleur.
Est-ce que le Seigneur ne lui avait pas pleinement pardonné ? Non, mais il faut plutôt penser qu'Angèle était encore trop centrée sur elle-même... Et surtout qu'elle n'en est qu'au début de son cheminement.

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- Là je suis d'accord avec toi, mais pas avec Angèle, c'est parce qu'elle est beaucoup trop centrée sur elle-même qu'elle marine dans son jus.

- Elle ne donne pas son avis, elle partage son expérience ! Elle a le droit de mariner dans son jus si elle n'a pas encore découvert ce qu'elle attendait. Et toi, cela ne t'est jamais arrivé de sortir de la confession en n'étant pas complètement sereine ?


TROISIÈME PAS
LA SATISFACTION

 
Je persévérai dans la pénitence qui me fut imposée ; j'essayai de satisfaire la justice, vide de consolation, pleine de douleur.
Angèle ressent toujours douloureusement le décalage entre ses propres actes passés et la grandeur de Dieu. Néanmoins, dans la foi, elle persévère dans sa démarche de conversion même si elle n'en ressent aucune consolation personnelle. Elle fait confiance à ce que lui a prescrit son confesseur comme " pénitence ", c'est-à-dire comme acte concret qui manifeste notre désir de changer, ou de réparer les torts commis envers Dieu et le prochain. C'est ce qu'elle appelle satisfaire la justice.

- Ouais ! Toujours centrée sur elle !

- Et toi tu as été parfaite dès le sein de ta mère ? Chacune a ses problèmes et son cheminement personnel. Elle a le droit d'être elle. Pourquoi vouloir calquer nos désirs sur son expérience à elle ?

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QUATRIEME PAS
CONSIDÉRATION DE LA MISÉRICORDE

Je jetai un premier regard sur la divine miséricorde ; je fis connaissance avec celle qui m'avait retirée de l'enfer, avec celle qui m'avait fait la grâce que je raconte. Je reçus sa première illumination ; la douleur et les pleurs redoublèrent. Je me livrai à une pénitence sévère ; mais je ne veux pas dire laquelle.
Angèle fait (enfin ! dirait une de mes sœurs) une rencontre décisive. Elle pose son regard pour la première fois ailleurs que sur elle-même. Elle peut voir celle qui est à l'origine de son salut et de cette grâce reçue d'un désir de changement : la divine miséricorde.
Par cette première illumination, sa peine redouble. Mais il ne s'agit pas d'apitoiement. Angèle entre plutôt dans la démarche de St Paul, lorsqu'il écrit aux Corinthiens, après les avoir vertement tancés dans une première lettre (cf. 2Co 7. 8-9) :
" La tristesse selon Dieu produit un changement radical qui mène au salut et que l'on ne regrette pas, tandis que la tristesse du monde produit la mort. Voyez donc ce que cette même tristesse selon Dieu a produit en vous : quel empressement ! Bien plus quelle défense, quelle indignation, quelle crainte, quelle vive affection, quelle passion jalouse, quelle juste punition ! " (2Co 7. 10-11)

- Bon, c'est vrai qu'elle se regarde un peu moins, mais je trouve qu'elle a les glandes lacrimales très développées !

 

- Elle a le droit de pleurer. D'ailleurs, Bonaventure dit à propos de François que "les larmes purifient le regard intérieur". J'ajoute : à condition qu'on ne pleure pas sur soi mais sur le péché.

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CINQUIÈME PAS
CONNAISSANCE PROFONDE D'ELLE-MÊME
Ainsi éclairée, je n'aperçus en moi que des défauts, je vis avec une certitude pleine que j'avais mérité l'enfer ; je gémissais dans l'amertume, et je prononçai ma condamnation.

Comprenez que tous ces pas ne se suivirent pas sans intervalle. Ayez donc pitié d'une pauvre âme, qui se meut si lourdement, qui traîne vers Dieu son grand poids, sa grande lourdeur, et qui a fait à peine un petit mouvement. Je me souviens qu'à chaque pas je m'arrêtais pour pleurer, et je ne recevais pas d'autre consolation que celle-ci, le pouvoir de pleurer; c'était la seule, celle-là était amère.

En ces premiers pas relatés, Angèle pleure beaucoup, mais pas des larmes de crocodile. C'est aussi une grâce - et elle le ressent comme cela, - elle parle alors de sa seule consolation, amère néanmoins. D'autant qu'elle souligne bien que tout cela ne s'est pas vécu en un clin d'œil, mais dans la lourdeur. La sienne. Celle de notre propre péché qui nous entrave dans notre désir de courir à la suite du Seigneur.

Cette importance qu'accorde Angèle à la connaissance de soi comme prélable à la connaissance de Dieu, elle l'explicite dans d'autres écrits. Ainsi, elle explique pourquoi elle est une telle vertu :

Une autre fois, alors qu'on lui demandait pourquoi il fallait embrasser la pauvreté, la douleur et le mépris, elle répondit : il faut que l'homme connaisse Dieu et soi-même. La connaissance de Dieu présuppose la connaissance de soi de la manière suivante :
on doit considérer et voir qui l'on a offensé.

- Mériter l'enfer, elle ne pense qu'à cela. Moi, je préfère ce que dit st Jean : " L'amour bannit la crainte ". Pour moi c'est savoir que Dieu m'aime qui me fait marcher "
- Tu projettes sur toi son expérience à elle. Ce qu'elle dit elle, ce n'est pas ce que tu dis toi. On peut bien se sentir complètement perdu à tout jamais !

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SIXIÈME PAS
ELLE SE RECONNAIT COUPABLE ENVERS TOUTES LES CRÉATURES

Une illumination me donna la vue de mes péchés dans la profondeur. Ici je compris qu’en offensant le Créateur, j’avais offensé toutes les créatures, qui toutes étaient faites pour moi. Tous mes péchés me revenaient profondément à la mémoire, et dans la confession que je faisais à Dieu, je les pesais très profondément. Par la sainte Vierge et par tous les saints j’invoquais la miséricorde de Dieu, et me sentant morte, je demandais à genoux la vie. Et je suppliais toutes les créatures que je sentais avoir offensées, de ne pas prendre la parole pour m’accuser devant Dieu. Tout à coup je crus sentir sur moi la pitié de toutes les créatures, et la pitié de tous les saints. Et je reçus alors un don : c’était un grand feu d’amour, et la puissance de prier comme jamais je n’avais prié.

Ce qui touche Angèle, c’est de prendre conscience - par illumination, c’est-à-dire que cela ne vient pas d’elle, mais que cela lui est donné - de son péché « dans la profondeur ». Son péché ne concerne pas que sa relation à Dieu, mais aussi toute la Création ! Le mal commis, ou le Bien pas fait, ont des répercutions que j’ignore le plus souvent, sur tout ce qui m’entoure ! Mais ce n’est pas parce que je ne les sais pas, qu’elles n’existent pas ! Néanmoins, tous nous pouvons et devons intercéder les uns pour les autres. C’est aussi le sens de la prière du Confiteor au début de l’Eucharistie :

Je confesse à Dieu tout puissant, je reconnais devant mes frères, que j’ai péché, en pensée, en parole, par action et par omission. Oui j'ai vraiment péché. C’est pourquoi je supplie la Vierge Marie, les anges et tous les saints, et vous aussi mes frères, de prier pour moi le Seigneur notre Dieu.

Vivons-la comme un temps fort en début de la messe : celui où nous ravivons notre feu intérieur à la prière de nos frères, et où notre prière permet aux autres de raviver leur propre feu ! Quelle responsabilité, et quelle joie !

- Ca c'est vrai, pour une fois. Mais je trouve qu'Angèle est vraiment très centrée sur elle et sur ses péchés.

- Encore, tu l'as déjà dit !

- Peut-être, mais elle aussi, elle continue !

- Mais elle a fait un pas de plus : elle prend conscience des créatures qui l'entourent. Elle n'est pas si centrée que cela sur elle-même ! On peut blesser ceux qui nous entourent sans s'en rendre compte. L'important ici, c'est qu'Angèle en prenne conscience ! Bravo ! Personnellement , lorsque j'ai été blessée par quelqu'un et que cette personne ne s'en rend pas compte, cela me fait prendre conscience que moi aussi je peux faire cela. Et donc que je suis en interaction avec ce(ux) qui m'entoure(nt), et que ce que je fais peut les toucher.