À la découverte de Claire… et de ses sœurs

Claire d’Assise (1194 -1253)
D’origine noble, Claire, à 18 ans, quitte tout pour suivre le Christ à la manière de François : dans la radicalité, la prière, la pauvreté et la joie. Rapidement, d’autres femmes la rejoignent au petit couvent de Saint Damien pour vivre, en communion fraternelle, cette forme de vie évangélique . Première femme à écrire une Règle pour des femmes, elle n’aura de cesse toute sa vie pour que l’Église lui reconnaisse le « Privilège de Pauvreté », c’est-à-dire le privilège de ne rien posséder. De là découle pour elle, une authentique vie à la suite du Christ, faite de confiance, de joie et d’action de grâce. Ses longues maladies n’éteignent pas cet esprit de louange, au contraire, ses dernières paroles furent : « Sois béni Seigneur, toi qui m’as créée. »
Comment Claire a-t-elle découvert Jésus Christ ?

Toute petite, Claire avait entendu parler de Jésus et des lieux où il est né, où il a grandi, où il a prêché, où il est mort et ressuscité. En effet sa maman Ortolana avait effectué en 1193 le pélerinage en Terre Sainte, jusqu’à Jérusalem et les Lieux Saints . Ainsi elle a grandi bercée par les récits de sa mère.

La beauté des Lieux Saints, des édifices construits par les croisés, mais aussi la simplicité d’une grotte, d’un chemin, les couleurs, les sons, les odeurs, la végétation contrastée, entre « déserts » et « plaines où coulent le lait et le miel » : tout cela lui est familier, et fait sens.

Plus tard, en rencontrant François, sa connaissance de Jésus s’en est trouvée encore plus affinée et profonde. Claire a découvert Jésus Christ dans l’évangile : elle le regarde vivre, l’écoute parler, le suit pas à pas. Il est devenu quelqu’un avec qui elle vit, qui l’habite.

La Parole de Dieu, reçue dans la liturgie est une véritable nourriture pour Claire : elle en a faim, l’assimile, la fait sienne, si bien que les termes qu’elle emploie pour traduire son expérience spirituelle sont tous empruntés à l’Écriture ou à des textes liturgiques.
Si Claire les fait siens, c’est parce qu’elle les a médités, ruminés : à travers eux, elle a regardé longuement, concrètement le Fils de Dieu devenu pauvre pour nous enrichir de sa pauvreté.
« Regarde-Le, médite-Le, contemple-Le et n’aie d’autre désir que de L’imiter »
répète-t-elle à Agnès de Prague,
« contemple chaque jour ce miroir ».


La contemplation de Claire n’est pas purement intellectuelle : pour elle, contempler c’est « poser« , exposer tout son être face à la lumière de Dieu, à la façon d’un miroir qui reçoit les rayons du soleil. La lumière de Dieu nous pénètre alors peu à peu, nous transforme ; elle transforme notre regard et nous permet de découvrir sa présence en tout et partout. Tout devient alors don de Dieu, occasion de Le rencontrer, que ce soit l’autre la création, le travail même.
On ne peut contempler Jésus-Christ, sans se transformer en Lui et devenir miroir à son tour : « transforme-toi tout entière à l’image de sa divinité » écrit encore Claire à Agnès (3eLAg 13)


Et nous aujourd’hui ?
– quels sont les témoins qui m’ont aidé.e à connaitre Jésus ? ma grand-mère, des amis, des inconnus … En revoyant leurs visages, je rends grâce au Seigneur pour ce qu’Il m’a donné à travers eux.
– quels sont mes lieux de rencontre avec Jésus ? Quels moments je lui réserve pour le rencontrer ?
« Je n’ai pas le temps, je suis débordé.e… » mais tout peut être occasion de rencontrer et de dialogue avec le Seigneur : marcher dans la rue ou dans la nature, lire des nouvelles, à mon travail, en faisant les courses, préparer les vacances, au sport…
Claire et l’Église
Pour Claire, l‘Église n’est pas d’abord une institution, mais d’abord et surtout un corps dont le Christ est la tête, et chacun de nous un membre de ce corps.

Pour elle, vivre en clôture ne signifie pas se couper du monde pour s’en désolidariser. Bien au contraire ! Elle a conscience que son cœur à cœur quotidien avec le Seigneur lui permet d’intercéder pour tous et toutes. Particulièrement pour toutes celles et ceux qui sont affecté.es par le poids de la vie.
Ainsi, écrit-elle à Agnès de Prague, pour l’encourager :
« Je te considère comme une auxiliatrice de Dieu même et celle qui soulève les membres succombants de son corps ineffable. »
3LAg 8
Quant à ses relations avec le Clergé, et en particulier, le pape, celles-ci sont faites de confiance, d’obéissance et aussi de fermeté.

Claire suit les exemples de François. Dès le début de sa vie religieuse, elle souhaite le soutien de l’Église et demande au Pape d’approuver leur forme de vie en Très Haute Pauvreté, et ce dès 1216.
Le Pape d’alors qui est prêt à l’assister financièrement, devant une telle demande rit…


… et finit par signer le papier qui accorde le privilège, à Claire et ses sœurs, de n’avoir AUCUN privilège, si ce n’est celui de la Très haute pauvreté.
Une autre fois, plus tard, le Pape décida que les Frères Mineurs ne pourraient plus avoir accès aux monastères de clarisses, sans sa permission expresse.
Claire s’affligea alors de ce que les sœurs auraient trop rarement la nourriture de l’enseignement sacré et dit en gémissant : « Qu’il nous enlève maintenant tous les autres frères, après nous avoir enlevé ceux qui nous offrent la nourriture vitale ! »

Elle renvoya aussitôt tous les frères au ministre, refusant d’avoir des aumôniers qui aillent chercher le pain du corps alors qu’elle n’avait plus d’aumôniers pour le pain de l’esprit. (Vita 37)
Devant ce début de « grève de la faim », le Pape revint alors sur sa défense et remit toute l’affaire entre les mains du Ministre Général, responsable des frères mineurs.
Quand il sembla que Claire après des années de maladie, allait bientôt mourir, le Pape fut prévenu, et se précipita au monastère pour l’assister et la conforter dans ses derniers instants.

Voici le récit qu’en fait son biographe, Thomas de Celano :

Le seigneur Innocent IV de sainte mémoire vient en hâte, en compagnie des cardinaux, visiter la servante du Christ et, comme il avait éprouvé que sa vie surpassait celle des femmes de notre temps, il n’hésite pas à rendre vénérable sa mort par la présence
papale. Après être entré dans le monastère, il se dirige vers sa couchette et approche de la bouche de la malade sa main à baiser. Elle la prend très gracieusement et réclame de baiser, avec la plus grande révérence, le pied du successeur des apôtres. Montant sur un escabeau de bois, le seigneur de la curie lui tend courtoisement un pied, sur lequel elle imprime au-dessus et en dessous des baisers et incline avec révérence le visage.
Puis, avec une expression angélique, elle demande au souverain pontife la rémission de tous ses péchés. Tout en disant :« Fasse le Ciel que je n’aie besoin que d’un tel pardon ! », il lui impartit la faveur d’une absolution totale et la grâce d’une large bénédiction. Alors que tous se retirent, comme ce jour elle avait reçu de la main du ministre provincial l’hostie sacrée, les yeux levés au ciel et les mains jointes vers Dieu, en larmes elle dit à ses sœurs :
« Louez le Seigneur, mes petites filles, car aujourd’hui le Christ a daigné m’accorder un bienfait tel que le ciel et la terre ne suffiraient pas à le compenser : aujourd’hui, dit-elle, j’ai reçu le Très-Haut lui -même et mérité de voir son vicaire. » (Vita 41-42)
Claire contemple le mystère de la Nativité
« Puisqu’un si grand et si glorieux Seigneur a voulu descendre dans le sein de la Vierge… »
(1ère Lettre à Agnès de Prague 19)
Comme St François, Claire a contemplé le Christ, de la crèche à la croix. Elle a même commencé avant. Elle a longuement contemplé sa Mère enceinte : Marie attendant et faisant grandir en son sein, Jésus, le Fils de Dieu.

Elle écrit ainsi à Agnès de Prague :

« 24 De même donc que la glorieuse Vierge des vierges l’a porté matériellement; 25 de même toi, suivant ses traces, en particulier celles de l’humilité et de la pauvreté, tu pourras toujours, sans aucun doute, le porter spirituellement sans ton sein chaste et virginal, 26 tu pourras contenir en toi Celui qui te contient, toi et toutes choses, tu le possèderas de façon bien plus réelle et concrète que tu ne pourrais posséder tous les biens de la terre. »
3e Lettre à Agnès de Prague 24-26

Ste Claire nous invite à faire nôtre ce verset de st Jean « Si quelqu’un m’aime, il gardera ma parole, mon Père l’aimera, nous viendrons à lui et nous ferons chez lui notre demeure« .
Moi, cela me fait penser à cette parole de St Paul « n’oubliez pas que vous êtes le temple de Dieu et que l’Esprit habite en vous » (1Co 3, 16). C’est un grand mystère qui a besoin d’un silence intérieur pour jouir de sa présence, et en rayonner.
C’est grand et beau, stimulant : on peut être les mères de Jésus !!!! C’est notre mission d’ailleurs : donner Jésus au monde, qui en a bien besoin !
Associer Claire à la crèche n’est pas une évidence. Il y a très peu de tableaux par exemple, qui la montrent contemplant Jésus nouveau né emmailloté, contrairement à François. Celui-ci est d’ailleurs « l’inventeur de la crèche » à Greccio en 1223.
Les représentations que l’on peut retrouver sont le plus souvent des tableaux peints par des femmes, comme celui-ci de Josefa de Obidos (1630-1684)…

« St François d’Assise et Ste Claire adorant l’enfant Jésus (1647) »

Des Clarisses aussi peignaient pour les besoins de leurs couvents, des tableaux représentant Claire à la crèche. Ou mieux encore, la sœur se représentait elle-même, en compagnie des bergers !
Comme ici, une œuvre de sr Marie Eva Enriques, clarisse espagnole.
« Adoració dels Pastors amb orants ».
sr María Eva Enriques. (1659)
