Saint Antoine de Padoue (1195 – 1231)

Grand saint, Antoine de Padoue (ou » de Lisbonne « , si on est d’origine portugaise 😉 ) est connu pour retrouver ce qui est à nous et que nous avions perdu.
Ses statues sulpiciennes sont présentes dans nos églises, elles nous donnent une vision d’Antoine un peu mièvre. Un air doucereux et gentil, avec Jésus en équilibre sur son livre, il semble faire attention à ce que celui-là ne tombe pas…
bel exemple dans le gnan-gnan


La vie d’Antoine, pour les gens pressés :
Pour ceux qui ont un peu plus de temps :
à défaut d’être écouté des hommes, Antoine prêche aux poissons
Nous aimerions vous faire découvrir d’autres aspects moins connus de sa personnalité, et qui le rendent encore plus sympathique et proche de nous.
Deux films très différents nous serviront d’approche.
Évidemment, CE SONT DES FILMS, pas des documentaires historiques ; l’histoire est donc scénarisée, les personnages et leur nombre, simplifiés

Les combats intérieurs d’Antoine
Dans le film, on a ainsi un Antoine, noble et chevaleresque, et aussi amoureux, (tout bien considéré, ce n’est pas improbable, si l’on en croit l’Assidua, première biographie d’Antoine écrite en 1232 et qui spécifie qu’il était en âge de se marier), mais suite à un vœu, il renonce à la jeune femme et entre chez les chanoines réguliers d’Augustin. C’est une vision de la vocation un peu réductrice, mais cela nous fait percevoir le cheminement d’Antoine. Ce qu’il fait par devoir et honneur, va devenir de plus en plus une union profonde à Dieu. Cela ne se fait pas sans luttes intérieures ! Les tentations sont là, pour Antoine la plus forte n’est pas celle forcément de la chair et d’une consolation incarnée par la proximité avec une femme aimante. Mais plutôt celle du savoir, qui est une autre forme de toute puissance. Car Antoine a de grandes qualités intellectuelles, dont il se méfie, au point d’en être torturé. C’est pourquoi, une fois devenu frère Franciscain, il demanda à François la permission d’enseigner et d’étudier, et François lui avait répondu ainsi :

1 Au frère Antoine, mon évêque, frère François, salut.
2 Il me plaît que tu enseignes aux frères la sainte théologie, à condition qu’en te livrant à cette étude tu n’éteignes pas en toi l’esprit de prière et de dévotion, ainsi qu’il est marqué dans la Règle.
C’est assez amusant de noter le critère de discernement paradoxal donné par François : que l’étude de » la science de Dieu » n’éteigne pas l’esprit de prière… mais cet avertissement est justifié, car tout cela peut rapidement devenir une accumulation intellectuelle, déconnectée d’une vie intérieure.
Autre chose intéressante au sujet des luttes intérieures d’Antoine, c’est qu’elles lui permettent de découvrir qu’il n’est pas le seul avec ses problèmes. Antoine est tellement centré sur lui-même, qu’il en oublie que ses frères ont aussi leurs combats. Chacun lutte avec ce qu’il est et son histoire.
En ce sens j’apprécie beaucoup cette scène et elle me touche beaucoup. (Elle se situe à 56 min 42)
Notre relation aux autres peut vite tourner au » tu peux pas comprendre ! » (façon Inconnus). Mais tout change si on prend conscience que l’autre est tout aussi fragile que nous. Ce n’est pas parce que cela se situe dans des domaines très différents des nôtres que cela n’en est pas moins difficile pour lui. Cela interpelle pour notre vie communautaire , et invite à l’écoute et à l’empathie, à ne pas juger mes sœurs sur ce que je perçois d’elles, mais à nous soutenir dans la prière et par des gestes concrets.
Proches des pauvres…

Dans ce film on nous montre aussi Antoine et sa proximité avec les pauvres et les petits.
Ce qui ne lui est pas propre, mais est un souci commun des frères mineurs. – De fait, ils ne vont pas chercher à soulager les détresses, mais à s’attaquer à ce qui en est alors la principale cause à l’époque : l’usure – pratique qui consiste à prêter de l’argent à un taux d’intérêt dépassant celui autorisé par la loi ou celui généralement pratiqué – qui détruit des familles. Antoine dénonce ces pratiques, mais ne juge pas ceux qui les commettent. Il voit toujours en eux des gens aimés de Dieu, qui se sont détournés de Lui, mais dont il reste toujours possible de toucher le cœur par la prédication et un témoignage de vie cohérents. Le diner chez l’usurier est éloquent. Là aussi, cela interpelle sur mon témoignage de vie, et ma cohérence !
Et tout cela ce n’est pas que du cinéma, l’Histoire de la ville de Padoue a gardé en mémoire le décret qu’Antoine obtint de la commune en faveur de la libération de débiteurs insolvables que les usuriers faisaient garder en prison jusqu’à épuisement de leur dette.
… et des pécheurs
Ceci nous permet aussi d’évoquer un autre aspect, celui de la confession. Franciscains et ensuite Capucins, ont toujours été appréciés dans leur approche du sacrement de la pénitence. Des séculiers, ou prêtres d’autres ordres les ont critiqués, tout au long de l’Histoire, les traitant de laxistes.
Ces frères prêtres ne sont pas les instruments d’un tribunal, mais les serviteurs de la miséricorde de Dieu.

Pour aller plus loin :
Ces propos de St Bonaventure nous traduisent l’état d’esprit dans lequel ils accueillent les pénitents :

Ce qu’en dit St Antoine :
« Comme le dit Isaïe : le Très Haut et le Saint qui habite l’éternité demeure avec l’homme contrit et humble d’esprit pour ranimer les humbles d’esprit et donner vie au cœur contrit. (Is. 57, 15)
O bonté de Dieu ! O dignité du pénitent ! Celui qui habite l’éternité vient habiter dans le cœur de l’humble et dans l’esprit du pénitent ! C’est le propre du cœur contrit en effet de s’humilier et de se réputer (à la manière de David) un chien crevé, et une simple puce (cf. 1R 24. 15) »
Sermon du premier dimanche de carême II. 4 – V.S p. 105
Autres textes de Saint Antoine de Padoue
On peut trouver ces textes dans ST ANTOINE DE PADOUE ; Sermons des dimanches et fêtes ; T. I du dimanche de la septuagésime au dimanche de la Pentecôte ; introduction, traduction et notes par Valentin STRAPPAZZON, ofm. conv. ; éd. Cerf – Messager de st Antoine ; 2005 ; Paris ; 542 p.
L’enjeu est donc de taille pour nos frères confesseurs : être l’instrument du Dieu créateur, laisser par eux et en Jésus, œuvrer la grâce !
